Appel de propositions

L'innovation sociale: au-delà des slogans

(Nous accueillons les propositions d’interventions, en français ou en anglais, jusqu’au 28 février 2019.)

Le Centre de recherche sur les innovations et les transformations sociales (CRITS), nouvellement fondé, lance un appel à participation pour son premier colloque annuel. Le CRITS forme avec l’École d’innovation sociale Élisabeth Bruyère et l’Atelier d’innovation sociale Mauril-Bélanger, un pôle de réflexion, de formation et d’action qui envisage l’innovation sociale dans une perspective de justice sociale et qui s’emploie à créer des espaces ouverts aux communautés afin de faire converger divers projets d’action collective.

Nous proposons ainsi une rencontre de deux jours sous une forme qui permette aux théoricien·ne·s et praticien·ne·s de se saisir ensemble de questions qui nous paraissent cruciales pour faire en sorte que la question de l’innovation sociale ne soit pas, ne soit plus, l’apanage des seules trajectoires néolibérales.

Pour son colloque inaugural, le CRITS souhaite créer cet espace de réflexion collective, de rencontre et d’impulsion pour une mobilisation et un engagement qui propulsera la réalisation de son programme de recherche et stimulera le lancement de projets collaboratifs marqués par cette perspective. Nous abordons la problématique selon quatre axes :

  1. celui d’une pensée de l’émancipation;
  2. celui de l’action des mouvements sociaux à l’égard des structures de pouvoir systémiques;
  3. celui de la gestion démocratique; et
  4. celui des pratiques engagées en pédagogie et en recherche.

 

Argumentaire

Dans un contexte où le concept d’innovation sociale est convoqué largement par l’État, le monde des affaires et des initiatives issues de la communauté qui l’investissent de définitions diverses et parfois incompatibles, nous affirmons que l’enchaînement entre innovation et transformation peut être activé dans une approche émancipatrice, critique des systèmes actuels dans le but de développer des alternatives. Nous comprenons donc l’acteur, l’actrice de l’innovation sociale, ou l’« entreprise collective », de façon beaucoup plus large que ce n’est souvent le cas dans la littérature du champ de l’innovation sociale. Nous incluons autant les initiatives citoyennes, les groupes activistes que les institutions publiques ou les entreprises qui s’engagent dans une pratique innovatrice et émancipatrice.

L’état actuel des publications et des pratiques sociales liées à la notion polysémique de l’innovation sociale nous porte à croire qu’une réflexion est urgente. Elle permettra, d’une part, d’évaluer les risques de cette dérive néolibérale qu’implique sa diffusion par le biais des universités et, d’autre part, de considérer son potentiel comme projet pédagogique radicalement émancipatoire. En ce sens, nous souhaitons questionner les pratiques émergentes au sein des hubs, espaces de travail partagé, incubateurs, accélérateurs, carrefours, etc. qui se multiplient actuellement un peu partout dans le monde.

Nous sommes préoccupé·e·s de voir se déployer, transmettre et renforcer dans ces pratiques émergentes des méthodes et des techniques en parfaite adéquation avec la logique néolibérale :

  • adaptation à la précarisation;
  • embrassement de pratiques managériales aliénantes;
  • contrôle et surveillance masqués en mesures d’efficacité, etc.

Ainsi, nous questionnons les principes qui président à leur dynamisme. Notre point de vue est que ces pratiques, même si elles ont un fort potentiel d’organisation, ont pour effet d’inhiber le potentiel de transformation systémique du travail collectif souhaité. Il est pourtant possible de faire autrement.

La littérature la plus abondante du champ se concentre surtout sur la résolution de problèmes concrets ou l’encadrement des pratiques, par exemple par l’élaboration d’indicateurs pour des mesures d’impact ou l’évaluation de l’efficience de différents modèles d’affaires. Elle s’abstient de prendre à bras le corps la préfiguration de l’élaboration d’un projet d’innovation sociale sur des bases radicalement critiques et émancipatrices. C’est ce à quoi le programme de recherche du CRITS compte s’attaquer : passer au crible d’une pensée critique radicale la recherche et la pratique en innovation sociale et contribuer à l’imagination, la conception et l’enseignement de modèles émancipateurs.

Pour y parvenir, nous vous invitons à participer avec nous à ce tout premier colloque annuel où nous voulons favoriser la circulation entre savoirs théoriques et pratiques et la collaboration entre chercheur·e·s et praticien·ne·s. Pour ce faire, nous souhaitons donner place à une diversité dans les modes de pensées et de présentation des idées. Nous constituerons, à partir de vos propositions, un programme qui nous permettra de passer de moments de présentation approfondie d’un travail de recherche, à des moments d’échanges semi-structurés sous forme de table ronde, d’ateliers pratiques à des présentations courtes sous forme de panel. Nous nous intéressons aussi à des formats visuels comme des présentations par affiche conventionnelle ou réinventée : dessins, graphiques, cartes conceptuelles, etc.

Appel de propositions

Dans le cadre de ce colloque, nous souhaitons travailler à partir des questions suivantes :

Pour trois conférences-discussions approfondies d’une durée d’une heure :

  •       Innovation sociale : émancipation ou autoexploitation?
  •       Que faut-il décoloniser en économie sociale et solidaire?
  •       Sortir du capitalisme, mais pour aller où?

Pour des tables rondes et des ateliers pratiques, trois questions brûlantes :

  •       La pédagogie engagée forme-t-elle des étudiant.e.s engagé.e.s?
  •       La gestion démocratique déteste-t-elle les leaders?
  •       Comment les mouvements sociaux peuvent-ils se financer sans perdre leur âme?

Pour un panel de quatre présentations, une question à analyser sous l’angle de chacun des axes de recherche du CRITS :

  •       L’innovation sociale, enfant du néolibéralisme?

Nous accueillons les propositions d’interventions, en français ou en anglais, jusqu’au 28 février 2019.

Veuillez nous indiquer :

  1. le format qui vous intéresse (une longue conférence d’une heure, une courte présentation de 20 minutes, un atelier pratique ou une présentation en format graphique);
  2. l’axe de recherche du CRITS qui correspond le mieux à vos travaux (voir description détaillée ci-dessous);
  3. la question à laquelle vous souhaitez répondre.

Dates: 29-30 mai 2019
Lieu : Atelier d’innovation sociale, Université Saint-Paul.
Espace accessible en fauteuil roulant. Toilettes sans indications de genre.
Faites-nous part de vos besoins en termes d’accessibilité pour que nous puissions prévoir tout au long de l’organisation.
Une traduction chuchotée anglais-français est prévue.

Adressez vos propositions à :
Julie Chateauvert, PhD
jchateauvert@ustpaul.ca

 

Présentation détaillée du programme de recherche du CRITS

Interdisciplinaires, les travaux portés par le CRITS privilégient l’étude du lien complexe entre innovations et transformations sociales depuis l’angle des théories émancipatrices et des perspectives d’analyse des systèmes d’oppressions. Sans s’y limiter, le CRITS valorise les approches de recherche ancrées dans la pratique. Le programme de recherche du CRITS vise à imbriquer quatre formes d’appréhension du social:

  • Axe Émancipation : Dans le sillage de la théorie critique classique et de ses formulations contemporaines dans une perspective féministe et postcoloniale, l’objectif est d’approfondir la réflexion sur la nature de l’émancipation aujourd’hui. Il s’agit, d’un côté, de comprendre les logiques qui bloquent l’émancipation pour, de l’autre, créer des modèles d’organisation alternatifs, concevoir de nouvelles institutions politiques et économiques, et imaginer les transformations des rapports sociaux de classe, de genre et de race qui rendraient l’émancipation possible.
  • Axe Action sociale : Les travaux rassemblés sous cet axe cherchent à mieux comprendre le lien entre les mouvements sociaux et les structures de pouvoir systémiques. Pour y parvenir, nous intégrons une perspective intersectionnelle qui favorise une compréhension plus complète des dynamiques de pouvoir à l’oeuvre dans les organisations des mouvements sociaux comme, plus largement, dans les rapports entre différents acteurs. Ce premier angle se double d’un second qui vise autant le développement collaboratif que le transfert participatif de savoirs dits tactiques et stratégiques par le biais de l’action sociale.
  • Axe Gestion démocratique : Cet axe est orienté vers la conception et le partage de modèles de gouvernance, d’outils de gestion et de pratiques anti-oppressives favorisant la démocratisation des organisations, collectifs et entreprises œuvrant en innovation sociale pour amorcer de réelles transformations. Considérant la complexité des dynamiques organisationnelles et des multiples rapports de pouvoir au sein des organisations, cet axe se décline en quatre volets :
    – études critiques en gestion;
    – autogestion et leadership démocratique;
    – gouvernance démocratique;
    – évaluation de l’impact social.
    Il s’agit de développer de nouveaux modèles inclusifs, égalitaires et participatifs inspirés des entreprises collectives, des communs et des organisations qui remettent en question les modèles hiérarchiques qui reproduisent la séparation rigide entre les rôles de direction et d’exécution. L’axe cherche aussi à créer de nouveaux indicateurs d’évaluation plus sensibles aux rapports de pouvoir, aux structures de domination, à la dimension démocratique et au changement social que les « mesures d’impact » les plus courantes.
  • Axe Pédagogies émancipatrices et pratiques de la recherche : Les travaux menés sous cet axe se pencheront sur la manière dont les gestes d’enseignement et de recherche-action menés en collaboration avec la communauté peuvent être mobilisés comme outils pour la transformation sociale à l’intérieur comme à l’extérieur du contexte universitaire. S’intéressant à l’apprentissage par l’expérience et aux stratégies pédagogiques anti-oppressives, les recherches menées sous cet axe exploreront comment nourrir l’innovation et la transformation sociale tant dans les salles de classes qu’au sein de toute la communauté universitaire afin de construire des relations fortes et durables entre chercheur.es, praticien.nes et membres de la communauté. Ces recherches nous inviterons à porter une attention toute particulière aux exigences de la créativité qui en découlent.

Le CRITS regroupe des chercheur·e·s provenant de différentes facultés et écoles de l’Université Saint-Paul dont Innovation sociale, Études de conflits, Leadership transformatif et spiritualité et Éthique, justice sociale et service public, en plus d’associer des collègues de plusieurs universités dont HEC, l’UQO, l’Université Concordia et l’Université d’Ottawa.