Du 29 mai 2017 au 3 juin 2017

École d’été en innovation sociale

L’école d’été en innovation sociale est une formation intensive sur les enjeux actuels en innovation sociale. Durant ce séjour, les étudiant·e·s pourront prendre part à une formule qui combine séminaires théoriques et cours pratiques, mais aussi excursions sur le terrain et discussions de fins de soirée. C’est l’occasion de prendre un moment pour réfléchir à nos pratiques en innovation sociale, mais aussi une possibilité de rencontrer divers milieux et de découvrir leurs approches et projets de transformation sociale.

Thèmes principaux :

  • Pensée critique
  • Économie sociale
  • Mouvements sociaux
  • Démarrage de projets
  • Engagement citoyen

Programme détaillé

lundi 29 mai

Forgée à partir des marges, au sein de la pensée noire radicale féministe des années 1970, en dialogue avec d’autres luttes pour la justice raciale et sociale, l’intersectionnalité fait face aujourd’hui à une institutionnalisation accrue tant dans le milieu de la recherche et l’enseignement supérieur que dans les secteurs des ONGs et activistes – secteurs traversés par d’importantes transformations ces dernières décennies sous un régime néolibéral globalisé qu’il importe de saisir dans sa structuration raciale (Goldberg 2009).

L’institutionnalisation des savoirs contrehégémoniques comme l’intersectionnalité est un processus qui n’est pas sans ses contradictions, créateur autant de conditions pour leur réarticulation hégémonique que d’opportunités de la déstabiliser (Ferguson 2012). Élargissant un travail antérieur qui interroge les politiques du savoir qui se déploient à travers l’intersectionnalité et conduisent à l’évacuation de la pensée critique raciale de l’appareillage actuel de l’intersectionnalité, marginalisant les personnes racisées comme productrices des savoirs intersectionnels des débats et espaces académiques contemporains (Bilge 2013, 2014), cette conférence inaugurale se consacre à la saisie des relations régulatoires (Smith 1990), des techniques et des rationalités qui participent à la gouvernementalisation de l’intersectionnalité, de même que des pratiques qui contrent une telle réarticulation hégémonique.

Sirma Bilge est professeure agrégée au département de sociologie de l’Université de Montréal. Titulaire d’un doctorat de l’Université Sorbonne Nouvelle – Paris 3, elle a fondé et dirigé l’Unité de recherche sur l’intersectionnalité au sein du Centre des études ethniques des universités montréalaises (CEETUM) de 2005 à 2010. Elle est également membre du Comité de recherche Racism, Nationalism and Ethnic Relations (RC05) de l’International Sociological Association (ISA). Ses travaux portent sur les intersections entre les rapports sociaux de race, ethnicité, genre, sexualité et classe, et elle étudie comment les notions d’identité ou d’altérité ethnique/nationale s’articulent à travers des régulations liées au sexe et au genre. Ses recherches les plus récentes abordent la question de la domestication néolibérale des savoirs dissidents dans le monde académique, avec une attention spécifique à l’intersectionnalité.

mardi 30 mai

La ville permet de lire les relations sociales les plus complexes entre les groupes sociaux. Elle est un espace idéal pour saisir autant les enjeux de classe, de « race » ou encore de genre. Dans quelle mesure, est-il possible de parler alors d’une lecture intersectionnelle des territoires? Cette présentation reviendra sur la mise en scène de l’ethnicité de la maghrébinité à Montréal, comme un des exemples de cette nécessaire lecture complexes de l’espace social urbain. De ces réflexions, l’on apportera quelques pistes d’actions collectives à travers l’expérience de l’entreprise sociale Espace Nodal.

Bochra Manaï, est chercheure et chargée de cours. Diplômée en Études Urbaines de l’INRS-UCS, sa recherche doctorale portait sur la spatialisation des Maghrébins à Montréal et sur la mise en visibilité de cette ethnicité dans l’espace urbain montréalais. Ses intérêts de recherche portent sur l’ethnicité, l’immigration et sur la cohabitation dans l’espace de la ville. Elle est chercheure postocdoctorale à l’Université de Montréal au sein de l’équipe Pluradical. Militante et citoyenne engagée au sein de Silk Road Institute et de la Ligue des Droits et Libertés, elle est enfin co-fondatrice de l’entreprise sociale « Espace Nodal ».

En juillet 2015, la Coopérative de solidarité de la ferme Moore a pris en charge le domaine de la Ferme-Moore pour créer le Centre d’écologie et d’agriculture urbaine de Gatineau. Ce projet inspirant a pour objectif de mettre en valeur un site patrimonial unique, d’offrir au grand public une vaste gamme d’activités pédagogiques ainsi qu’un lieu de rencontres, d’échange, de recherche et de mise en commun des connaissances environnementales et agroalimentaires pour les citoyens et organismes de la région. Cette expérience innovante d’économie sociale montre la capacité d’une ferme à devenir un lieu d’intérêt touristique tout en incarnant les principes du développement local et autosoutenable.

Descriptif de la conférence à venir.

Jean-Martin Aussant est directeur général du Chantier de l’économie sociale. Il a étudié l’actuariat, la finance et l’économie au Québec et en Europe avant d’entamer une carrière dans le milieu financier international. Il a également été impliqué en politique active comme député à l’Assemblée nationale et chef de parti. Ses engagements incluent la participation à plusieurs conseils d’administration d’entreprises collectives.

merc. 31 mai

Présentation d’un documentaire paru en février 2017 sur la lutte de la communauté de Standing Rock pour s’opposer à la construction d’un pipeline. Cette mobilisation a des racines qui remonte jusqu’à 170 ans de conflits entre les Premiers Peuples et le gouvernement américain sur l’autonomie politique, la propriété foncière et le contrôle des ressources.

Le projet One House Many Nations, né d’une collaboration entre Idle No More et le Decentralized Designed Lab, vise la protection du territoire à travers le développement d’un modèle alternatif de logement durable pour les communautés autochtones. Cette initiative est née d’une collaboration entre Idle No More et le Decentralized Designed Lab. L’innovation en période de changement climatique et de domination coloniale pour les peuples autochtones exige les voix de tous ceux et celles qui exigent justice pour les actions, les politiques et les lois gouvernementales injustes. C’est un moment passionnant pour abolir et perturber les systèmes coloniaux de manière à revitaliser les systèmes juridiques autochtones.

Sylvia McAdam (Saysewahum) provient des terres du traité 6 dans ce qu’on appelle maintenant «le Canada». Elle est descendante directe des peuples du Traité et est originaire de la Nation nēhīyaw. Sylvia a son doctorat en droit de l’Université de la Saskatchewan et un baccalauréat en justice humaine de l’Université de Regina. Sylvia est cofondatrice d’un mouvement mené à l’échelle mondiale à l’intention des autochtones intitulé «Idle No More». Idle No More a changé le paysage politique et social du Canada et a atteint la communauté mondiale pour défendre et protéger toutes les terres, l’eau et les animaux contre la dévastation et le changement climatique.

Conférence en anglais (traduction disponible)

jeudi 1 juin

Une démolition partielle et sans autorisation d’un bâtiment industriel en février 2009 est à l’origine du lancement de la lutte pour l’appropriation du Bâtiment 7. Une convergence d’acteurs communautaires, artistiques et libertaires du quartier Pointe-Saint-Charles à Montréal revendique tout simplement la cession gratuite de ce bâtiment à la communauté locale. La victoire politique est acquise en octobre 2012 mais la véritable cession n’aura lieu qu’en mars 2017, 53 mois plus tard. Une résistance et une résilience individuelle et collective permet d’expérimenter ce projet de « Fabrique d’autonomie collective ».

Présenté par Isabelle Monast-Landriault et Marcel Sévigny.

Park Slope Food Coop (PSFC) est un supermarché collaboratif situé dans Park Slope, un quartier de Brooklyn à New York. Créée en 1974, cette coopérative comporte aujourd’hui plus de 16 000 membres. Ceux-ci doivent s’engager à travailler 2 heures 45 minutes toutes les quatre semaines pour faire fonctionner l’épicerie qui repose sur l’implication active des membres.

Conférence de Cynthia Blayer en anglais (traduction disponible)

vend. 2 juin

Une force montante, une dynamique revitalisante, une prise en charge individuelle et collective créant de la richesse tant en milieu rural qu’urbain !  Racontons l’histoire, constatons les avancées, identifions les besoins et célébrons les réussites.  Des femmes et des hommes, de cette francophonie ontarienne plurielle, ont entrepris le virage de l’innovation pour favoriser la vitalité de la communauté.

Reconnue en Ontario, au Canada et à l’international, Ethel Côté œuvre depuis près de trente ans en développement économique communautaire. Son engagement pour le développement durable lui a valu de travailler avec de nombreux groupes d’intérêt dont les organismes féministes,  les entreprises collectives, les paliers de gouvernements, les associations d’artistes et les organisations artistiques, communautaires et culturelles, les municipalités, etc. À ce jour, plus de 576 organismes, institutions ou entreprises collectives ont fait appel à ses services et 30000 personnes ont suivi ses formations. Ethel Côté propose des approches intégrées qui allient renforcement des capacités, réflexion stratégique et développement durable. Elle s’implique activement à promouvoir l’autonomisation des personnes et des organisations via entre autres l’économie sociale et solidaire. 

Ethel Côté détient un Diplôme en 2e Cycle en Développement économique communautaire et une Certification universitaire en Leadership agricole et rural.  De plus, elle est formatrice certifiée du Mouvement en Transition et praticienne certifiée de Coop Zone. Elle a aussi reçu de nombreuses distinctions en reconnaissance de son travail, notamment par les Nations Unies, l’Ordre de la francophonie et le Conseil de la Coopération de l’Ontario.

 

Rapidement dans ma vie, j’ai réalisé le pouvoir incroyable de l’action collective. J’ai également découvert que pour de nombreux acteurs politiques et médiatiques, l’engagement citoyen était considéré avec méfiance, voire hostilité: se mobiliser contre un gouvernement démocratiquement élu, n’est-ce pas s’opposer à la volonté populaire? Cet argument repose sur une conception étroite de la vie démocratique. Selon moi, loin d’être un obstacle à la démocratie, l’engagement citoyen est l’oxygène de notre vie politique.

Gabriel Nadeau-Dubois est un ancien militant du mouvement étudiant et auteur, il est détenteur d’une maîtrise en sociologie de l’Université du Québec à Montréal. Son essai de pensée politique, Tenir tête, salué par la critique littéraire et politique, lui a valu le prix littéraire du Gouverneur général du Canada 2014. Il est l’initiateur du mouvement citoyen Faut qu’on se parle et de la campagne de financement populaire Doublons la mise. Il s’est récemment joint au parti Québec solidaire.

Sam. 3 juin

Si l’innovation sociale n’est pas conçue dans la perspective d’un rupture avec les sociétés de croissance, elle risque de contribuer à reproduire les problèmes qu’elle est censée résoudre. Nous présenterons donc la décroissance conviviale comme le cadre de référence privilégié dans lequel inscrire tout projet d‘innovation sociale.
Professeur agrégé au Service de l’enseignement du management à HEC Montréal, Yves-Marie Abraham enseigne et mène des recherches dans le domaine de la sociologie de l’économie. Ses travaux sur les fondements sociaux de la réalité économique l’ont amené à s’intéresser de près à l’ »objection de croissance ». Il a dirigé notamment la publication de deux ouvrage collectif sur le sujet : Décroissance versus développement durable. Débats pour la suite du monde (Écosociété, 2011) et Creuser jusqu’où? Extractivisme et limites de la croissance (Écosociété, 2015) et créé l’un des premiers cours universitaires sur la « décroissance soutenable ».