Conférence sur l’Effondrement 8 septembre 2019

J’ai été convié à donner une conférence d’une heure sur le thème: Modèles économiques alternatifs à la conférence intitulée « L’effondrement, Fin d’un monde. Construire un nouveau? » présentée au Pop-Up Lab à Montréal. Voici les notes de la conférence et le document Power Point qui a été projeté: 2019-09-08-Présentation-Effondrement. Les organisateurs et organisatrices me disent qu’une vidéo Youtube sera disponible éventuellement, je mettrai le lien ici dès qu’il sera disponible.

Conférence sur l’effondrement – 8 septembre 2019

Introduction

  • Enfin du temps pour expliquer un peu plus.
  • La difficulté de penser d’autres options que les modèles existants et notre propension à penser-contre.
  1. Penser la société à venir : on l’a peu fait, on l’a beaucoup condamné, on recommence en ce moment.

Qui l’a fait de façon sérieuse dans la deuxième moitié du 20esiècle :

  • Panification centralisée et autoritaire (URSS) qui a pour effet de réduire le nombre de projets. Débat épistémologique remporté d’abord par le camp socialiste et repris ensuite par les autrichiens. Leur argument central, la planification est impossible dans une société complexe, notamment à cause du savoir tacite.
  • Socialisme de marché (Alec Nove, John Roemer, Breitenbach et al.).
  • Cornelius Castoriadis : Dans quatres textes de 1952 à 1961 et qui sont rassemblées dans un édition de 2012 appelé « La question du mouvement ouvrier, tome 2 » publié aux éditions du Sandre. Contenu du socialisme.
    • En gros, Castoriadis propose une démocratisation de la sociale démocratie par le biais de l’autogestion ouvrière. Son unité de base c’est le conseil ouvrier sur les lieux de travail. Il pense une planification centralisée (mais démocratique) sur les grandes questions (taux d’investissements, planification industriel, taux de croissance de la consommation, etc.) et une souveraineté du consommateur, donc un marché de la production de bien.
  • Murray Bookchin : Dans une variété d’ouvrages publiés de 1962 à 1998, mais ne particulier dans trois ouvrages : Ecology of Freedom, Remaking Society et The Rise of Urbanisation and the Decline of Citizenship. Municipalisme libertaire.
    • Proposition centrée sur la ville, dans une approche inspirée dans la cité notamment de la cité Grecque (où il rejoint Castoriadis de la fin de sa vie). Aucun état, aucune centralisation. Tout est décidé par les assemblées au niveau municipal par de la démocratie directe.
  • Fin de l’URSS renouveau de cette pensée où on commence à revisiter en quelque sorte l’argument épistémologique en redonnant du pouvoir au individus, mais en les intégrant à une dynamique de planification.
  • Pat Devine aidé ensuite de Fikret Adaman : En particulier dans Democracy and Economic Planning en 1988 et dans plusieurs articles subséquents. Négociation coordonnée.
    • S’oppose à la monté du « socialisme de marché » en proposant une forme de planification démocratique. Sa stratégie est conçu sur une distinction entre les échanges de marché (le marché comme capacité à permettre d’échanger des biens) et le marché comme force économique qui détermine les investissement et les choix politiques. Plutôt que d’être déterminés par le marché, ces choix d’investissements sont déterminé par la négotiation entre les parties prenante du processus de production et de consommation.
  • Albert et Hahnel : à partir de 1991 et qui continuent à publier là-dessus depuis. Économie participaliste.
    • Propose un modèle décentralisé et sans intervention du marché. Deux systèmes fédératifs de conseils : la production et la consommation. Proposition d’un système de planification démocratique où par propositions et itération, les producteurs et consommateurs arrivent ensemble à un plan commun.
  • Cockshott et Cottrell : un ouvrage marquant : Towards New Socailism en 1993, mis à jour ensuite autour de 2010-2012 par différents ouvrages et articles qui reprennent sensiblement le même argument.
    • Argument relativement simple, bien qu’élaboré, la technologie d’alors et plus encore celle d’aujourd’hui, permet de penser un système économique fonctionnel basé sur la planification démocratique.
  • 1996, Takis Fotopoulos, tente une synthèse en croisant marché et planification dans Vers une démocratie générale.
    • Tentative de lier le projet de castoriadis aux plus récentes réflexions notamment de Albert et Hahnel, mais sans l’objectif d’une planification complète en divisant les biens entre ceux qui remplissent les besoins et ceux qui remplissent les
  • Éclipse du projet suivant trois arguments : avançons en pensant, on verra bien ce qui arrive et on s’adaptera (Holloway), le postcapitalisme existe déjà, il suffit de le renforcer (Gibson-Graham), il y a plein d’exemples à travers le monde dont on peut s’inspirer et qui sont porteur d’un bout de socialisme (Wright).
  • Fin de l’éclipse en ce moment, nouvelle propositions qui émergent. Raison majeur (Bengi Akbulut) : l’argument de l’impossiblité de la planification se retourne contre les autrichiens : il est maintenant nécessaire de planifier à cause de l’environnement. Sources d’inspiration bien que pas des modèles complets : Socialist optimism de Paul Auerbach en 2016, Économie Symbiotique d’Isabelle Delanoy en 2017, Numéro d’actuel Marx, numéro de South-Atlantic Quaterly qui s’en vient.
    • Sam Gindin publie en 2019 un texte dans Catalyst qui propose un système économique qui intègre un part de marché, mais entouré d’un système de « planification étagée » où chaque espace, de la municipalité à la nation se donne des capacité de planification. Gindin se fait aussi le défenseur d’un socialisme « brouillon » qui ne sera pas parfait et qui ne ressemblera pas aux modèles qu’en font les utopistes.
    • Marta Harnecker a livré en 2019 un testament politique « Planning from bellow » qui s’inscrit dans cette optique du socialisme brouillons et qui est directement connecté sur des expérience vécu au Kérala, en Inde et au Venezuela pendant la révolution bolivarienne. Cette approche fortement fondé sur l’organisation politique à très petite échelle et sur la démocratisation du pouvoir d’intervention étatique propose des pistes immédiates de démocratisation.
  1. À quels problèmes sommes-nous confrontés?
  • Planification, marché et démocratie.
    • Division qui est issue du débat mis en place après la révolution Russe. D’un côté ex-ante, de l’autre côté ex-post.
    • Tous les modèles dont nous parlons sont fondés sur la délibération et la démocratisation.
    • Or, les deux modèles achétypique sont profondément anti-délibération et anti-démocratique.
    • Mon intuition est que dès qu’on est dans des approches démocratiques, ces notions ex-post perdent de leur sens.
    • Dans certains cas on énonce des préférences et on modifie les prix en conséquence. Dans d’autres on prévoit, on négocie et on s’adapte ensuite. Qu’est-ce qui est ex-ante, qu’est-ce qui est ex-post? Ces termes confondent à la fois le temps/les acteurs/les lieux Ce vocabulaire est-il vraiment utile?
    • Sommes-nous capables de parler de système économique sans utiliser ces termes? Quels sont les bons termes?
      • Approche temporelle : on décide avant d’agir ou après l’action
      • Approche géographique : Centralisation/décentralisation base/sommet
      • Approche d’acteurs : les gens qui consomment décident / les gens qui produisent décident / d’autres gens qu’eux décident / tout le monde décide de façon concertée
  • Besoins, désirs, écologie et limite
      • La plupart (sauf Fotopoulos) posent la production de tous les biens comme étant équivalent et proposent un seul mode d’organisation économique (marché/planification/les deux).
      • C’est un tropisme du système économique dominant : a buck is a buck is a buck. Mais tout ne s’équivaut pas, combler les besoins et remplir les désirs ce n’est pas la même chose. Un système économique ne devrait-il pas différencier les deux?
      • Une fois cette question posée, arrive nécessairement la question de la limite. Considérant le contexte limité de la planète sur laquelle nous vivons, ne devrions-nous pas avoir la possibilité de façon structurelle dans notre système économique, de limiter notre consommation.
  • Prix, valeur et argent
      • À part Albert et Hahnel, peut de gens se sont penché en détail sur le fonctionnement des prix.
      • Qui établis des prix? Comment sont-ils établis?
      • Qu’est-ce qui structure la valeur des chose : l’échange (la rencontre entre un désir de vendre et un désir d’acheter) ou le coût social de production (ce qui a été collectivement investit) ou un peu des deux?
      • Quelle fonctions actuelles de l’argent conservons-nous? Épargne? Jusqu’où? Coupon de consommation? Personnalisé? Échangeable pour des biens? Échangeable entre des personnes? Quel contrôle appliquons-nous à l’échange d’argent?
  • Dissidence interne et relation internationales
      • Parlant de contrôle, que fait-on avec ceux qui n’embarquent pas? Comment aborde-t-on la question de la contrainte? Jusqu’où l’utilisons-nous?
      • Quels sont nos rapports avec les autres pays? Les autres pays socialistes ou les autres pays capitalistes. Que faisons-nous?
  • Transition
      • Ça commence où? Au Nord, au Sud. Là-dessus Harnecker prend une position claire. La planification d’en-bas se réalise dans des communautés des pays du sud parce que les besoins sont là et sont clairs. Peut-on penser à quelque chose au Nord?
      • Se pourrait-il que les diverses proposition ne soient pas tant incompatibles, mais plutôt qu’il faudrait les penser en ordre chronologique d’implantation du socialisme? Si oui, on commence par qui? Est-ce qu’on risque de revenir aux arguments qui avaient cours pendant l’éclipse (ie :commençons par faire de l’action politique on verra bien où ça nous mène).
  1. Qu’est-ce qu’on peut faire?
    1. D’abord et avant tout agir là où nous sommes bons et bonnes. Dans sa communauté, au sein d’organisations, sur son milieu de travail, dans des organisations politiques et des partis, par la communication des idées ou par la recherche. Faire quelque chose et, non, faire des petits gestes du quotidien, bien que nécessaire, ce n’est pas faire quelque chose. L’action c’est collectif (Arendt).
    2. Pour ceux et celles qui sont bons en recherche et que ça intéresse de creuser ces problèmes : rejoindre le projet de recherche.

Dans le cadre du projet de recherche en cours : Planification économique démocratique

Axes de recherche : Émancipation